NOTES DE VOYAGE
Voyages en Océanie et Asie... et partout où il est possible d'itinérer

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ARDÈCHE RAYONNANTE (SUITE)

III - UN JOUR, UN VILLAGE ou le PLAISIR DE VOIR -

ST Martin de Valamas

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30/09/16

Une petite découverte de St Martin de Valamas décidée impromptu, du moins au dernier moment car l'idée je l'avais depuis hier après avoir vérifié que certes St Jean Roure ce n'était pas pour moi, mais qu'à l'occasion de son deuxième salon du livre qui a lieu ce dimanche 2 octobre,

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il y avait aussi un café littéraire ce soir à St Martin de Valamas, à 8 kilomètres seulement du Cheylard où je venais aujourd'hui (courses, toubib, coiffeur) : beau temps de la partie (avant l'orage annoncé pour demain) et pas trop mal aujourd'hui alors... c'était l'occasion. Qui fait le larron dit-on... mais qu'allais-je dérober ? Quelques images ? Un peu de vie en douce je crois...

Depuis le Cheylard, la belle grande Ardèche des Boutières sur une route large - c'est à noter - file vers le Gerbier de Jonc. Il faudra que j'aille faire un petit salut à celui-ci un de ces jours : de très beaux souvenirs du paysage dans lequel il surgit comme une plantation presque incongrue - impertinente ? -. Sur cette route en effet j'étais souvent passée lorsque nous faisions la liaison Le Puy/Le Pral il y a bien longtemps, mais je n'en avais gardé que l'impression vague du voyageur qui range dans sa mémoire les images défilant derrière une vitre. De la route comme de St Martin de Valamas d'ailleurs, toujours seulement traversé sans arrêt. Comme s'il n'existait pas. Tant de lieux comme lui qui ne sont que des noms...

Donc me voilà en goguette, profitant du bel été indien, de sa tiédeur complice pour découvrir au bout de la route un village... qui a sa vie de village. C'est peut-être le but de toutes ces incursions : derrière la carte postale une autre vie, une vie autre. Et semblable.

Rien que d'ordinaire, mais justement.

Je me gare tout en haut près du cimetière : la vue est toujours imprenable près des cimetières, et de là j'ai belle vue sur le château de Rochebonne (1) qui se détache sur la chaîne des sucs et les silhouettes du Gerbier de Jonc et du Mézenc, les deux copains ;

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de l'autre côté, lorsque je serai descendue de mon perchoir, c'est une belle maison qui se détache sur une forêt  de conifères... voilà le village enclos.

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Entre les deux une place, une grande place, sobrement appelée "La Place" : voilà qui ne se paye pas de mots et m'enchante dans sa simplicité qui en restaure la dignité unique, LA place, voyons, il ne peut y en avoir qu'une...

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...et qui concentre l'essentiel, voire en résume l'histoire : ici le Calvaire, un peu plus loin la maison paroissiale, l'église,

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la mairie et l'Office du tourisme... et le terrain de pétanque (non photographié, désolée...). Large LA place : ici l'on se gare,

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ici l'on vit,

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ici l'on bavarde sur un banc public près d'un petit café dont je lorgne l'emplacement et l'allure sympathiques, des cafés la place n'en manque pas mais celui-ci me plaît bien.

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Oui, "ici est le village" dit la place.

Alors j'en fais le tour, de l'église à l'Office du tourisme, passant sous quelques fenêtres et balcons en fer forgé colorés,

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découvrant le départ de quelques ruelles pentues - je ne m'y aventurerai pas -, où j'aperçois au passage une tour - porte de la ville ? -,

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et je pars alors bravement à l'aventure de la principale rue du village... Au coin de la place, un peu plus bas,  le café des pêcheurs - eh oui l'on pêche dans l'Eysse par ici -,

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et je m'engage à gauche, longe le petit café sous glycine déjà repéré - en me promettant de déguster le lieu tout à l'heure -, et sans doute une des dernières cabines téléphoniques de France - tiens, figurez-vous que certains villages les transforment en kiosques à livres gratuits : on apporte, on emporte, on rapporte ou pas... Jolie idée, non ? -,

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et je descends tranquillou la rue pentue - pas trop -, saisissant au passage les éclaircies de couloirs/ruelles qui ouvrent sur le monde de "l'arrière", celui qui fait rêver - temps secret de ces mondes qui aèrent la longue rue -, petits fouillis de jardins abandonnés ou pas, derrière des grilles plus ou moins travaillées, ou des horizons ensoleillés - de mélèzes me semble-t-il - ;

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au passage aussi les petits commerces de la rue, voire traces des commerces passés dont l'écriture pâlie est aussi désuète que le nom du dit commerce lui-même - "bimbeloterie" songez un peu -

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et, rebroussant chemin lorsqu'à l'horizon paraît la sortie de la ville, je remonte en suivant le pas traînant d'un vieux monsieur, tandis qu'un autre est au spectacle depuis son balcon.

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Retour au point de départ et au café, mon joyeux petit café ensoleillé, pour déguster une belle blonde,

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et prendre quelques notes en attendant l'heure du café littéraire. Où je n'irai finalement pas : quand je m’y suis pointée, j’ai été effrayée par le côté poussiéreux et tristoune de l’Hôtel de La Poste, des participants qui arrivaient peu à peu cahin caha et qui, au peu que j’entendais des paroles de cette intelligentsia du lieu, avaient quelque chose d’un petit clan d’habitués qui ne mettait pas à l’aise l'étranger… En forme je serais restée par curiosité mais j’avais mal, il menaçait de pleuvoir bientôt, j’avais une vingtaine de kilomètres à faire - et dans la nuit, ce que je n’aime pas trop -.
Pas regretté néanmoins les bons moments de cette découverte de village. Non je n'ai pas choisi un des plus beaux villages de France, ni d'Ardèche, j'en ai même photographié les aspects désolés, abandonnés, tristounes,

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les petites solitudes qui se disent là et qu'on aperçoit parfois dans l'entrebaillement - entre deux baillements ? - d'un portail... perron vide, herbe rase et rare et le lointain brumeux d'un crépuscule...

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mais vous qui peut-être me suivez parfois dans mes pérégrinations/élucubrations, vous savez que ce n'est pas le tourisme qui m'intéresse mais ces moments de vie saisis au vol - et volés, oui, d'une certaine façon -, ces moments, ces lieux ordinaires qui en disent peu. Qui en disent long.

C'était,

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L'Ombre des chemins ardéchois.

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(1)

Le château de Rochebonne est une ancienne maison forte.  Il est rasé en 1363, pendant la guerre de Cent ans.
Suit une longue série de générations de propriétaires dont ceux-ci surtout m'intéressent : en 1639, François épouse Catherine de la Baume-Suze. En 1668, Charles François (????-1725), marquis de Rochebonne, épouse Thérèse d'Adhémar de Grignan, belle-sœur de la fille de Madame de Sévigné. Il transforme la demeure en château de plaisance. Dans ses lettres, Madame de Sévigné, qui se rend plusieurs fois à Rochebonne, surnomme Thérèse « la belle Rochebonne ».

 



Publié à 09:16, le 8/10/2016,
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ARDÈCHE RAYONNANTE

I - RAYONNER...

30 AOÛT 2016

Je ne peux conduire sans difficulté plus de vingt kilomètres ? Qu'à cela ne tienne : je rayonnerai désormais sur vingt kilomètres autour de St Martin de Cols, voyageant à la découverte des villages, hameaux, ruines, détails insolites, etc.... j'imagine d'ailleurs qu'un millimètre carré d'espace pourrait encore contenir bien des surprises : j'ai de l'avenir !

Depuis longtemps je rêvais sur le nom de St Etienne de Serres  - 40 ans d'Ardèche et je n'y suis jamais passée ! De quoi finir ma vie frustrée -... Le rêve commence toujours, d'ailleurs, par un nom, ce serre qui enserre, prend dans ses griffes, du latin "serra", crête dentée, avec sa jolie évolution sémantique en bas latin : serra/scie... Une crête en dents de scie voilà qui me plaisait ! Et puis c'est un lieu de musique au mois d'août, son festival de musique classique, le Fival, où je n'ai jamais pu aller, étant toujours par monts et par vaux - les crêtes décidément ! -, de quoi être doublement frustrée. Enfin, argument décisif, St Etienne de Serres est à 5 kilomètres de St Sauveur de Montagut, le village le plus proche de St Martin.

Certes mes voisines m'avaient dit : "St Etienne de Serres, rien à voir". Rien à voir ? C'est à voir justement.

Il faisait beau, pas trop chaud, me voilà donc partie hier à la découverte, sur une petite route escarpée comme elles le sont toutes par ici, pour cinq kilomètres de rêve... 5 kilomètres seulement car je dois dire que mes voisines avaient raison : "circulez ya rien à voir" - sauf peut-être en période de Fival ? - à part quelques maisons un peu trop modernes pour mon goût, une grande bâtisse - peut-être la salle des fêtes pour le Fival ? -, une bibliothèque tout de même, et un jardin public

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où j'ai pris le temps de me poser pour manger mon chausson aux pommes - de quoi me réconforter : songez un peu, un rêve qui s'écroule ! - avant de repartir.

Pour vous et me consoler voici tout de même un peu, Wikipedia aidant, l'histoire de ce village effacé aujourd'hui derrière une modernité fadasse. Et aussi - toujours merci Wiki - un point de vue que mon appareil n'a pu capter.

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(Wikipedia)

mais j'en ai saisi un autre,

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Au XIIIè siècle, le hameau de Serrettes, perché au-dessus de la vallée d'Auzène, est un fief du comte de Valentinois. En 1258, une bulle du Pape confirme que l'église de Saint Étienne de Serres et ses dépendances appartiennent au prieuré de Charay (Privas), rattaché au Puy.

Au milieu du xve siècle, nous savons par les « estimes » de 1464 que 33 feux y sont établis, soit environ 150 habitants. L'agriculture y est déjà développée : les châtaigniers, les chèvres et les porcs, le blé, le vin et le seigle nourrissent ses habitants ; des moulins sont déjà présents. Le lent travail d'aménagement des pentes a alors commencé et conduira aux paysages de terrasse et de châtaigneraies d'aujourd'hui. On y trouve quelques maisons fortes, dont le « château Bernard », à Freydier.

Au xvie siècle, les habitants de Serres passeront à la Réforme protestante et en subiront les vicissitudes jusqu'à la Révolution.

En 1691, la route royale dite des « Dragonnades », construite de Privas au Cheylard pour surveiller les habitants protestants, traverse la commune et a longtemps été la seule route importante. Elle témoigne des équipements de l'époque et a permis le développement économique de la commune.

En 1726, la petite seigneurie de Craux, abrite clandestinement le 1er synode national postérieur à la révocation de l'Edit de Nantes. En 1744, au Serre de Lès, point culminant de la commune que se tint une grande assemblée de 4.000 protestants bravant publiquement le pouvoir royal. (Wikipedia)

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Forcément rien d'autre à faire qu'aller un peu plus loin : la route continuait vers mon village préféré, St Julien du Gua par Issamoulenc. Là, du sûr, je connaissais déjà. Surprise, non seulement la route est superbe, mais à quelques centaines de mètres de St Etienne de Serres, le lieu dit Le Mas, est charmant, lui,

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en ruine parfois,

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mais quel bel ensemble

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sur fond de montagne austère,

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et je me suis posée là, près des champs de belladonne,

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 les bruyères en fleurs,

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rayonnantes elles aussi,

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et les châtaigniers.

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Pas déçue du voyage... Continuons un peu sur les hauteurs jusqu'à St Julien du Gua sur l'Auzene - d'où le gué (toponyme révolutionnaire "Le-Gua" dit une de mes sources... mais je cherche quelqu'un qui pourra m'expliquer en quoi le gué est révolutionnaire).

Est-ce la route qui y mène, son austérité de désert, est-ce le nom, est-ce le charme de ce village perché

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pelotonné autour de son clocher ?

 

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... Je ne sais mais toujours est-il que ce petit Gua est mon préféré dans le coin - mais j'ai encore à en découvrir ! Courage... ! -

Alors j'en ai de nouveau parcouru les deux rues, aimé la gaieté de son école,

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son lavoir qui laisse couler le temps de l'eau pour quelques rares passants,

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ses maisons modestes et coquettes,

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retapées,

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en clin d'oeil,

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ou tape-à-l'oeil,

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j'ai aimé la solitude de cet après-vacances, touristes enfuis, maisons abandonnées,

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ou un vieux banc vide et désolé

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d'où regarder peut-être le paysage paisible, velouté, des restanques, la beauté du travail qui les construit.

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Alors à la prochaine St Julien du Gua - quoique encore sans doute 499 hameaux à voir - 

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et j'ai bouclé la boucle par St Pierreville /Le Pral, et St Martin, juste le temps d'un arrêt au col de la Croix de Ferrière, où d'un bout à l'autre du cirque ne se mesure que l'immensité, l'intensité de la solitude.

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Je ne vous dirai pas que je marche facilement aujourd'hui... mais quelle importance ?


C'était

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L'Ombre des chemins ardéchois...

 

II - DU PLAISIR DES NOMS ou LE BONHEUR ITINÉRANT

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10 Septembre 2016

À la découverte d'un nouveau village : Saint Jean Roure, près du Cheylard. Le prétexte n'en était pas aujourd'hui l'attirance pour un nom : St Jean Roure, je vous demande un peu d'ailleurs, quel nom ! Il ne sonne guère que fruste et rugueux... Saint Johanni de Robore, XIè siècle, dit l'ami Wikipedia (toponymie générale de la France - Ernest Negre). Admettons... ce n'est pas beaucoup mieux ; m'aurait davantage séduit un Rouvre, genre chêne des cérémonies druidiques sacrées, mais après tout pourquoi pas : le "rovières" ardéchois est un bois de chênes blancs ou rouvres. Laissons le mystère au mystère, après tout c'est peut-être lui qui me fait rêver..., mais le repérage d'un café littéraire annoncé pour le 29 septembre, repérage des lieux, de la route, et d'un hôtel, le café s'annonçant de 20 heures à 22 heures. Pas trop mes heures habituellement mais histoire de changer... Il est vrai que les cafés littéraires risquent d'attirer, je le crains, "ceux qui se la pètent" mais pas forcément : la preuve, puisque me voilà tentée !

Trêve de plaisanterie me voici partie hier matin, destination St Jean Roure, par la petite route - pléonasme, elles le sont toutes par ici... alors disons "encore plus étroite que les autres" -, qui longe et surplombe - un véritable balcon - la vallée de l'Eyrieux,

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en passant par ces hameaux aux noms merveilleux - oui, une forêt enchantée - : qu'on ne croie pas d'ailleurs que je traverse ces hameaux, je ne traverse que les noms, voilà pourquoi, les toits, eux, sont enfouis sous les arbres ou la route : le Bois de Geyx, La Rabaste, les hauts de Marjanoux (j'ai eu beau chercher, je n'ai rien trouvé sur les origines de ces toponymies, je devrai me contenter de rêver que le Geyx est râpeux - en réalité geyx serait le gex qui vient de gaium, ville gallo-romaine - la Rabaste un peu pimbêche et Marjanoux une joyeuse jeune fille aux jupons bleus dansants - bleus, couleur de ses hortensias qui couvrent le hameau -), Le Brujassou (s'agirait-il d'un souvenir de l'espagnol "bruja" sorcier ? Ou, plus ardéchois, d'une variante du mot "bruguières", bruyères ?), et un peu plus loin La Bruje (même origine probable), Passe-vite (au moins voilà peut-être une étymologie claire, mais sait-on jamais ?)

Au passage aussi, on aperçoit le Pont de Chervil

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que surplombe Chalencon (de "chal" : pente abritée - "Quelques origines de noms de lieux en Rhône-Alpes"), un petit village "de caractère" - quelle expression amusante ! -

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un peu avant le débouché sur la grand'route de St Sauveur de Montagut (et Capulet ?) au Cheylard (un nom toujours un peu frileux pour moi, allez comprendre !).

Mon projet était de rejoindre St Jean Roure par Les Nonières - un nom chantant celui-ci (jeunes filles - jeunes nonnes ? - parties à la découverte de quelque creux de rivière  ? Mais ses habitants sont appelés les Noniérois ou les Noniéroises, hum... cela change tout !). Foin du rêve, l'origine de celui-ci je l'ai trouvée : "La forme occitane anoniera « magasin de blé » est à l’origine des noms de lieux comme Nonières (Ardèche)"... après tout, c'est peut-être vers un champ de blé et non une rivière que se dirigent mes allègres jeunes filles, voyez comme le rêve a la tête dure !) -, la montée vers St Jean Roure (966m) y étant plus progressive que par le Cheylard (10,5 - 14%).
Las ! Pas beaucoup de signalisation à partir de L'Eyrium près du Cheyalrd dont j'avais déjà repéré qu'il était près de Les Nonières, je prends à gauche, c'était à droite qu'il fallait prendre, je ne l'ai su que plus tard, et m'engage par distraction (en réalité trop crispée sur la recherche d'une route pour repérer d'autres panneaux !) sur la Dolce via réservée à vélos et piétons. Ouf ! Ni vélos ni piétons - ni a fortiori voitures - à l'horizon sur ce bout de chemin au demeurant charmant,

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juste une maison dont je ne me suis pas hâtée d'alerter les habitants,

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je fais vite demi-tour et me voilà sur la Grand Route en direction de Lamastre (rien trouvé sur celui-ci. Il a quelque chose d'un peu "cimenté" non ?) où l'on indique Nonières à 7 km.

Ouf m'y voilà ! Mais... que choisir ? trois routes possibles mais aucune ne signale St Jean Roure censé être à 3 kms, une carte touristique me laisse perplexe,

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et je n'ai ni carte ni GPS - mon iphone se plaignant du réseau -.

Alors il est peut-être temps de déjeuner ? J'avise un charmant restaurant " De l'Art ou du Cochon". -

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C'est tout pour moi me dis-je et je pénètre tout de go à l'intérieur. C'était sans compter les trente petits cochons - non je voulais dire les trente enfants de maternelle - en goguette sous la houlette de leurs maîtresses ! Quant au maître de céans il me refuse un repas - je ne suis plus assez jeune peut-être ? - et je reflue vers la mairie histoire de me renseigner sur la direction de St Jean Roure : aïe ! Qu'avais-je fait ? Voilà que trois avis différents me situent St Jean Roure à gauche, à droite, à 11 kms, à 6... Je bats en retraite et décide que le café littéraire se passera de moi - ils ne savent pas ce qu'ils perdent ceux-là ! - mais non sans dérober au passage en guise de compensation, une petite photo de cet inoubliable village.

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Et j'opte, un peu au hasard mais pas tout à fait, pour la direction de St Julien Labrousse qui a non seulement le mérite de se trouver à 5 kms de là, mais aussi celui de me rapprocher de St Martin de Cols par les Ollières, et... d'évoquer pour moi la brousse (non, non, je ne parle pas du fromage mais après tout l'un évoque peut-être l'autre ou lui est lié... fromage de brousse ? pourquoi pas... La chèvre y vient bien paître ! (2))

La faim aidant je ne fais qu'un rapide arrêt au panorama un peu plus loin, pour admirer le Gerbier de Jonc,

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et voici St Julien Labrousse où une traditionnelle petite église veille sur ses ouailles,

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un non moins traditionnel lavoir berce le temps,

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mais voici un moins traditionnel café, "Le Code Bar" - décidément on est très drôle par ici - où je vais pouvoir déguster un panini, un galopin et un café pour la somme astronomique de 7 euros !

Silence, peu de passages de voiture, chaleur écrasante et un habitué qui pianote de l'ipod sur la terrasse.

Je reprends la route direction Vernoux en V!varais, avec école buisssonnière le temps d'admirer le tronc des pins,

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traversant St Jean Chambre  (le nom provient de ses cultures en terrasse, que l'on appelait autrefois chambres, chambons ou chambonnets, plus anciennement Fonreal, rebaptisé en Val-Chambre et Valchambre sous la Révolution, ni le roi ni le saint n'y étaient en odeur... de sainteté), village de naissance du sieur Boissy d'Anglas... Je n'ai vu, moi, qu'un gentil hameau où il semble que l'on n'ait rien de mieux à faire que rêver, dormir et tondre sa pelouse - il y eut une école pourtant, une de ces hautes bâtisses grises et sévères qui furent l'école de la République et qui rappelaient qu'avec la culture on ne plaisante pas, qu'on ne l'acquiert qu'à la sueur de son front - et découvrant un peu plus loin un eco-hameau.

Petite bifurcation par Les Ollières après avoir déniché quelques toits nichés dans la verdure comme cette étrange, immense maison signalée au bout du chemin par un "Jacques Antoine" mystérieux,

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et traversé Beley

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où l'on passe la Dunière.

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La boucle est bouclée... c'était un peu plus que je ne pensais, il est plus que temps de rentrer mais quel bonheur que ce petit voyage ! Pas eu de coup de foudre mais beaucoup de sympathie pour ces hameaux ou villages qui vivent tranquillement leur petite vie anonyme, et peut-être aussi le plaisir tout simple de l'itinérance...

J'ai vu le papillonnement du soleil  sur les routes d'entre bois,

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découvert un champ de pieux...

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sinué par des campagnes tout étourdies de chaleur, et rêvé au passage sur tous les noms des poteaux indicateurs : ce "cabreyron" par exemple (quelque chèvre faisant des cabrioles ? Ou le "cabron" espagnol, enfoiré, et même cocu et alors retour à la chèvre, non ?) ou ce merveilleux Pimpinelle... dont je ne connaîtrai sans doute jamais le hameau qui en porte le nom de poupée - quoique je ne sois point de la génération "Pimprenelle" - de mannequin, voire de personnage de comédie italienne...

Mais je ne peux tout de même pas bifurquer dès qu'un nom me plaît !! Quoique... À voir.

 

C'était

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L'Ombre des chemins ardéchois...

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(1) - Sources : pour ceux qui seraient intéressés, je signale le site http://crehangec.free.fr/rhon.htm "Quelques origines de noms de lieux en Rhône-Alpes" - J'ai fait appel également à mon  livre "Dictionnaire du parler de l'Ardèche" et, abondamment, à mon imagination !

(2) Pour les gourmets : « Dans les Bouches-du-Rhône, cette recuite, issue de la race de chèvre du Rove, s'appelle brousse du Rove. Elle est remarquée au moins depuis le début du XIXè siècle. De nos jours, cette brousse toujours rare et recherchée à Marseille et dans la région, a changé: elle est faite soit avec le lait des chèvres du Rove, soit avec du lait de vache; en tout cas, c'est de lait qu'il s'agit et non plus de lactosérum. Néanmoins, elle est encore dégustée sucrée, arrosée d'eau de fleur d'oranger, ou sert de base à un gâteau aux œufs »

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Publié à 20:58, le 30/08/2016,
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UN REGARD SUR LYON EN TRAMWAY

10/01/16 - INSTANTS AU VOL ou VOL D'INSTANTS -- II ---

De Lyon centre à Villeurbannes... C'est tout simple !

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Un regard qui passe, un regard sur ce qui passe.

Une autre image du monde sous les yeux : mouvements, lumières essaimées, posées dans quelle rue, sur quel immeuble, au coin de quelle place ou de quel square, ou étoiles de couleurs sur un manteau de ciel ?

Un trajet pourtant bien net sur la carte, des avenues bien tracées, des immeubles bien en place.

Il est vrai qu'il pleut. De quoi brouiller un peu les cartes... et les vitres. Allez savoir où sont les frontières...

Alors le monde tangue un peu : des fruits s'évanouissent sur la chaussée et des arbres y poussent - à l'envers il est vrai, mais dans un autre monde il faut s'attendre à tout - le haut des immeubles s'efface dans le ciel, et attention où on met les pieds sur les trottoirs. Quant aux vélos ils ne sont pas plus sûrs que les tramways...

Au retour le mien s'enfonce peu à peu dans la nuit... Pourtant, j'en suis sûre, je n'ai pas rêvé. Et voici ce que j'ai vu :

Un monde psychédélique - non, non je n'avais pas non plus abusé de mon cannabis habituel -, un monde en érosion, ou peut-être un avant-monde ?

Les immeubles tremblent, fusionnent, ou s'agit-il d'une ville après un bombardement ?

C'est un monde habité pourtant. Quelques formes - humaines semble-t-il - s'agitent dans des peut-être arrière-cuisines ou antres de bureau Ou magasins ? Alors rien n'est perdu, le monde est là.
Enfin : là... ? ... Là, oui, mais en double, en triple parfois. Et d'ailleurs où est l'intérieur et l'extérieur ? Dans ces tramways qui se croisent où sont ces passagers ? Et voilà que les rails sont sur des grilles... Si vous regardez bien, sur les grilles et sur les rails vous verrez mon sac qui est sur mes genoux.
Il vient de loin... de Bali ! Mais il est là.
 
Là...?

Ciel, dans quel monde vivons nous !

Mais vive les voyages !

AML

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est vrai qu'il pleut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié à 15:18, le 9/02/2016,
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NI CIEL NI TERRE

24-03-13

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12 heures 20… et c’est parti pour un long voyage jusqu’à Nouméa.

Mais d’abord 2 heures 30 de vol jusqu’à Helsinki : le vaillant petit avion vient de prendre ses ailes à son cou et dévale la piste à toute berzingue jusqu’au moment où il ne reste plus sous nos yeux qu’une petite fenêtre de ciel sur l’écran du téléviseur. Waaouhh ! Il a encore réussi…

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La terre se remet alors à vaquer à ses petites occupations, ignorant superbement ces fraudeurs de la vie qui ne l’ignorent pas moins en faisant l’école buissonnière de l’espace et du temps et se font servir à 13000 pieds au-dessus de sa tête par de ravissantes hôtesses en costume style petit mousse, à la peau fraîche et rose et aux longues nattes blondes, de cet or argenté propre aux filles du Nord.

Sur l’écran un petit corps d’acier se vautre au milieu de prés verts, abandonne Düsseldorf et pointe un nez têtu vers Copenhague puis les champs de neige d’Helsinki.

Et d’un !

Pas beaucoup de temps à perdre pour « magasiner », comme disent les Canadiens… juste une petite incursion sur terre, comme si celle-ci n’était rien d’autre qu’un décor de théâtre où entrer et sortir (ou plutôt : où descendre et d’où monter), « coucou, me voilà et à la prochaine ».

Comment savoir d’ailleurs où est la réalité, la terre tourne et nous aussi sans jamais nous rencontrer… Comment savoir qui est « nous » de celui que gave avec attention le personnel de bord,

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ou de son double enfermé dans cet étrange objet du ciel qui sillonne le petit écran, tantôt tendu comme une flèche vers Krasnoyarsk et Irkutsk, laissant Novosibirsk à sa droite,

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et plongé dans la nuit étoilée

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à l'intérieur d’une sorte de ronde de planètes-noms...

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L’avion suivant sera à destination de Séoul : huit heures pour rejoindre le « pays du matin calme ». Calme, il faut le dire vite, chacun presse le pas pour rejoindre à temps le port d’embarquement…

 

Ne restera plus, après un dernier essor, que 12 heures jusqu’à Nouméa. Une broutille…

 

Vous avez dit terre ?

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Publié à 12:32, le 4/05/2013, Nouméa
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TRADITION ET IMPORTANCE DE L’IGNAME DANS LA CULTURE KANAK

Fête de l’igname au Centre culturel Jean-Marie Tjibaou – 27 avril 2013

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À l'ombre bienveillante des cases

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et à l'intérieur de l'aire traditionnelle

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a lieu ce samedi 27 avril la fête de l'igname...

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ORIGINE DE L'IGNAME

 

L’igname que l’on connaît en Nouvelle-Calédonie, la Dioscorea alata est arrivée sur le territoire il y a environ trois mille ans, dans les pirogues transportant les premiers explorateurs du Pacifique.

 

SYMBOLIQUE

 

La symbolique de l’igname en Nouvelle-Calédonie est très forte et donne lieu à des échanges cérémoniels : toute la vie du clan est réglée par la culture de l’igname : le temps social s’écoule parallèlement au cycle du tubercule qui détermine la date des grands événements, comme le sacre du chef, la naissance, le mariage, le deuil, les alliances.

«Toute chargée de symbole, l’igname a une valeur culturelle : offrande noble, symbole de virilité, de l’honneur. L’igname offerte à l’autel symbolise tout le pays avec les chefs, les vieux, les ancêtres, les enfants, et tout ce qui fait vivre cette contrée. L’igname accompagnée de la monnaie de cordelettes, de coquillages, de la natte et de la jupe de fibres constitue l’essentiel des richesses échangées pour un mariage ou un deuil et qui scelle l’alliance entre les clans. »TEA KANAKE - Jean-Marie Tjibaou

 

L’igname c’est l’homme, « le jumeau de l’homme » dit l’orateur du Centre Culturel Jean-Marie Tjibaou.

L’igname est ainsi un symbole de virilité, d'ancienneté, de pouvoir (elle symbolise les chefs ou la puissance du clan paternel), de fertilité, de vie et de longévité. Dans la tradition, chaque homme a son champ d’ignames. La femme, elle, a son champ de taros. Dans la représentation traditionnelle, celui qui n’a pas son champ d’ignames n’est pas un « vrai kanak ». Lors de la fête de l’igname au Centre culturel Jean-Marie Tjibaou, certains expliquent que vivant à Nouméa, ils ont loué, en faisant la « coutume », un champ à Païta (très proche de Nouméa) ; d’autres expliquent qu’ils n’ont pas de champ et en souffrent.

La fille, en se mariant, part avec l’igname qui symbolise l’endroit d’où elle part.

Il existe une hiérarchie parmi les ignames, qui dépend de son ancienneté (plus la variété est implantée depuis longtemps dans le terroir, plus elle est prestigieuse et intégrée aux cérémonies coutumières), de sa précocité et de sa forme (plus la forme est droite, longue, régulière, plus sa tête est fine, plus son goût est apprécié et moins elle a de poil, et plus elle est honorée).

 

Les meilleures ignames servent alors de base traditionnellement à l'échange coutumier (avec la monnaie kanak, les coquillages, la natte et la jupe de fibres) lors de tous les grands événements (sacre du chef, naissance, mariage, deuil, alliances entre clans), celles de qualité moyenne forment la base de la consommation quotidienne et les moins appréciées, laissées à moitié à l'état sauvage, servent juste de récoltes d'appoint.

 

Du fait du caractère symbolique important de l'igname, celle-ci est l’objet de toutes les attentions :

« L’homme qui prend une igname à la main ne le fait pas comme il le ferait de tout objet. Il ne la prend pas davantage avec l’auguste gravité de celui qui recueille un objet sacré. Il se penche sur elle, il cherche l’endroit le plus solide de la faible contexture du long tubercule : il glisse sa main sous l’extrémité qu’on appelle la tête afin de la soutenir et d’éviter qu’elle se brise sous son propre poids. Il la tient ainsi avec la douceur que l’on met à porter un enfant nouveau-né dont on soutient la tête de peur qu’elle tombe.» Do Kamo, la personne et le mythe dans le monde mélanésien - Maurice Leenhardt

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LA PIERRE À IGNAME

 

Dans la symbolique de l’igname mâle, reliée au soleil, au sec et au feu, et représentant la puissance du clan paternel, on effectue, avant l’ensemencement, un geste de transmission. Les pierres à igname matérialisent l’esprit des défunts. Une fois que la pierre a été mise en contact avec les plants d’ignames, elle est enterrée à une extrémité du champ.

Au-dessus de cette pierre est plantée une perche (tabou) sur laquelle on attache une botte de paille ou autre végétal puis, tout autour, des plantes à fonction symbolique et magique. Elle ne sera retirée qu’à la récolte. Chaque clan possède ses propres pierres.

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CULTURE DE L’IGNAME : RITES ET TABOUS

 

Élément végétal et nourricier faisant partie intégrante des règles sociales mélanésiennes, la culture de l’igname rythme la vie des clans de chaque tribu. Cultivée secrètement et jalousement pour la cérémonie des prémices, sa sortie de terre marque le début de la nouvelle année coutumière.

Chaque famille procède à sa culture sur deux champs distincts. Les récoltes du premier sont réservées à la coutume, et celles du deuxième remplissent un rôle de garde-manger pour le clan.

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Calendrier traditionnel de l’igname dans le nord de la Nouvelle-Calédonie  (le calendrier est différent selon les régions : dans le sud, par exemple, on plante en septembre de manière à ce que les premières ignames apparaissent en février/mars, moment où les notous sont gras. Le notou est le pigeon arboricole le plus gros du monde, espèce endémique de la Nouvelle-Calédonie). Notous et roussettes seront cuisinés avec l’igname.

 

Entre janvier et février, selon les régions, les femmes préparent les nouveaux plants d’ignames destinés à être plantés sur le champ coutumier. Pendant trois mois ces ignames mères sont stockées dans un grenier spécial. Souvent l’un des membres du clan passera toutes ses nuits à les surveiller, comme des objets précieux afin qu’aucun homme ne vienne les lui voler. Les terres laissées au repos, attendent le mois de mai, où commence l’étape de la préparation des champs, sur lesquels il est interdit de faire de la fumée et que l’on doit débroussailler à la main.

 

En juin, la primauté de la mise en terre dans le champ sacré reste le privilège du chef. Tout de suite après vient l’étape de la fermeture du panier, déclarée par le chef et qui signifie l’autorisation donnée aux clans de commencer à planter.

Les femmes sortent et préparent alors les plants pour les hommes. Elles mettent les ignames mères dans des paniers que les hommes emporteront pour les mettre en terre secrètement, à l’abri des regards indiscrets. La tête du tubercule, d’où sortira la tige, s’oriente vers le soleil levant, générateur de vie.

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Un lieu tabou

 

Autour du champ se dresse une barrière végétale, une protection symbolique. Une fois que le terrain est planté, il devient tabou. Et certains vont jusqu’à dresser des palissades en feuilles de cocotiers pour que personne ne puisse regarder, car de mauvais yeux pourraient jeter un sort sur les ignames. Une fois la mise en terre effectuée, le champ lui-même a un sens et une orientation. Sa tête se trouve en direction de la montagne et ses pieds vers la mer.

 

Les premières ignames chefs qui se situent à la tête seront sorties de terre les premières. Au pied du champ, on plante un arbre symbolique (bois de fer, bois tabou ou gaïac). Et sur ses branches, des morceaux de tissus sont accrochés. Au pied de l’arbre se dresse un petit muret d’une vingtaine de centimètres de haut, à l’intérieur duquel sont déposées des pierres sacrées du soleil et de la pluie recouvertes de terre. Cet arbre tabou, entouré de plantes sacrées, comme la cordyline et le coléus rouge, protège le champ.

Jusqu’au mois de novembre, tous les jours, les hommes du clan apportent un soin particulier à cet endroit sacré. Il doit rester propre, l’eau doit s’écouler régulièrement et aucune mauvaise herbe ne peut y être tolérée.

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Les prémices

Puis vient le moment où « on lâche l’igname », ce qui signifie que personne ne s’en occupe plus. Elle continue de grandir seule, et aucun homme ne se rend plus sur le champ.

 

Entre janvier et février, le détenteur du panier, celui qui possède les secrets de l’igname au sein de la tribu, sort la première igname de terre et il annonce que la semaine suivante aura lieu la cérémonie des prémices qui durera deux jours. Lors de cette réunion, chaque clan amène une ou plusieurs ignames en suivant ses propres chemins coutumiers.

 

Toutes rassemblées, elles font l’objet de multiples prédictions qui donneront les grandes tendances économiques, politiques et météorologiques de l’année à venir. Le clan détenteur de la magie procède aux rituels de la prédiction et de la cuisson des premières ignames, apportées par les différents clans. En voyant la taille et la qualité de chacune, il annoncera le calendrier événementiel de toute l’année. Puis le détenteur du savoir des ignames les fait cuire toutes ensembles, dans une grande marmite. En même temps que ces tubercules sacrés, les clans offrent des gibiers et des poissons qui détermineront la qualité de la saison de chasse et de pêche. Une fois la cuisson terminée, l’igname qui ne doit jamais être tranchée avec une lame sera brisée à la main ou à la fourchette en petits morceaux.

 

Avant de les manger, les chefs introduisent à l’intérieur des herbes magiques qui protègent leur clan pour l’année, et leur donne longévité, richesse et spiritualité. Le panier sacré est alors déclaré ouvert. Et un grand marché entre les régions peut alors commencer. Puis le cycle du calendrier traditionnel reprend son cours, rythmé par la vie de l’igname…

L’igname : plante à « clone » : on garde toujours une partie de l’igname qu’on replante l’année suivante et on plante  ainsi toujours la même igname.

 

Des croyances entourent l’igname et la « pierre à igname ». Il est par exemple, à l’époque de la plantation, interdit de parler, de chanter et crier la nuit car la pierre à igname est dans un endroit tabou : à la tombée de la nuit, elle sort, circule, fait son travail. De même, lorsque l’igname commence à grandir, une cérémonie a lieu entre les hommes : les premières ignames sont cuisinées, placées dans une marmite réservée uniquement à cet usage, et on remercie la pierre à igname, les lutins, les grands-pères. Chacun prend un morceau d’igname sans parler. Alors le ciel s’assombrit et le tonnerre éclate pour annoncer à toutes les vallées que l’igname est née.

 

Durant le forum un intervenant fait remarquer que même s’il sait bien que c’est l’évolution et qu’il sait celle-ci utile, il ne peut s’empêcher de ressentir douloureusement le fait que les ignames soient objets d’économie, transportées en camion, vendues comme de simples marchandises au marché. Et au sujet du tabou il ajoute qu’aujourd’hui même il s’est écarté d’une personne qui avait apporté avec elle des feuilles provenant du champ d’igname.

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Une cérémonie d’échange

 

Au moment de la cérémonie des prémices d’igname, les clans se réunissent pour montrer leurs valeurs culturelles et symboliques. Les chefferies de tribu se rencontrent pour partager leurs savoirs et leurs techniques sur la vie de l’igname.

En même temps que cet échange de savoir, une coutume a lieu où les clans échangent des tissus et des monnaies traditionnelles. A travers celle-ci, on renoue les alliances familiales et économiques. Les hommes échangent les produits de la terre, de la mer et de la chasse, qui restent étroitement liés à la vie de l’igname.

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Le Centre culturel Jean-Marie Tjibaou célébrait cet échange le samedi  27 avril 2013 avec plusieurs manifestations :

- des chants et danses 

 

- un « forum de discussion » auquel participait une classe du collège de Canala, dans le cadre de l’apprentissage du respect des traditions et de l’échange.

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(spectateurs et participants au forum)

 

Des élèves de ce collège ont chanté et lu l’histoire de l’homme Yâbo. Je n’ai pu retrouver le texte de cette légende qui évoque un homme, Yâbo, devenant igname. Mais voici une légende transcrite par Louise Michel en 1875 dans les « Légendes et chansons de gestes canaques ». On y aperçoit un peu l’importance de l’igname :

 

Le kou-indio (récif)

Là brille la fleur du corail, là nagent des poissons de quoi nourrir dix tribus.

N’y allez pas, n’allez pas chercher le corail pour vous parer, ni le poisson pour vous nourrir.

Là le kou-indio ouvre sa gueule avide, là est la mort.

Un récif le domine, à la marée basse plus haut que les cases du grand chef.

C’est là que de loin on vient pour mourir.

Un vieux y est venu : ses dents étaient cassées, il ne pouvait plus mordre ; ses jambes tremblantes ne le soutenaient plus.

Son fils Turido ne chassait pas, il ne pêchait pas non plus, et ne plantait pas de taros dans les réservoirs des montagnes, ni d’ignames dans les champs. Turido dormait le jour après la nuit sous les cocotiers et quand il avait faim il fouillait dans la keulé (marmite) des autres.

Mais son père de temps à autre lui demandait une igname et cela le gênait.

Père, dit un jour Turido, tu as vécu si longtemps qu’on ne peut plus nombrer les ans qu’on fait en homme, il mettait les deux pieds après les deux mains pour compter, si bien que nous ne savons plus ton âge ; tu as les dents cassées, tes jambes tremblent ; tu ne peux plus ni manger ni marcher, tu devrais t’en aller dans le cimetière, tu dormirais et tu n’aurais plus faim ; et si tu veux, j’ai un casse-tête qui n’a jamais servi, je t’en donnerai un coup et tu ne souffriras plus.

Mais le vieux ne répondit pas. Il prit un tehiou (peigne) auquel il tenait, le mit par-devant dans ses cheveux blanchis et s’en alla, car il ne voulait pas que son fils le tuât.

Il s’en alla sur le bord de la mer, lava dans l’eau salée ses jambes qui tremblaient et se trouva tout ragaillardi.

Si bien qu’il put aller jusqu’au kou-indio et descendre avec le flot tournant.

Il y avait dans la tribu une jeune fille qu’on appelait Moiek (la fleur), nul ne lui connaissait un chagrin, car elle souriait toujours, Moiek la Belle, et toujours on l’entendait chanter.

Rien ne pouvait assombrir sa pensée, ni sa mère ne l’avait point fiancée toute petite en mâchant au futur mari des ignames dans la bouche.

Moiek la fleur était libre, libre comme le vent.

Un soir, au clair de lune, Moiek s’en alla légère sur les rocs de la grève.

Elle s’en alla dans l’écueil, Moiek la Belle, parce que dans la grande guerre on avait fait prisonnier Oudaou qu’elle aimait sans en rien dire, et on l’avait mangé.

Et pour sauter dans le kou-indio, Moiek mit sur sa tête une couronne toute dentelée de fleurs de lianes que son bien-aimé lui avait donnée à la dernière igname.

Et les esprits, en la portant entre les eaux profondes firent refleurir les lianes de sa couronne afin qu’elle la portât toujours, Moiek la Belle, pour glisser avec eux sous les mers.

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Au-delà des symboles, une belle allégorie de l'échange est à l'oeuvre derrière l'image de l'igname partagée, mise en commun dans des rites très forts. Mais aussi la nourriture comme symbole d'un lieu. Et lorsque plusieurs communautés se réunissent ici en Nouvelle-Calédonie, nous dit un des intervenants, le Wallisien, le Vanuatuais, le Japonais, apportent chacun la nourriture qui les représente. Qu'apporterait le métropolitain, je me le suis demandé, sans doute le fameux "beefsteack-frites et la baguette de pain" ? Une plante comme symbole des liens ? Oui, au-delà des particularités... Et je terminerai par cette photo du merveilleux ensemble de fruits et légumes, dont ces belles ignames, que m'a apporté à mon retour une élève de terminale de l'an dernier.

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Publié à 04:47, le 28/04/2013, Nouméa
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